Le concept de famille souche autoritaire explique-t-il les différences entre la France et le Japon ?

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La famille souche est un type de système familial défini au xixe siècle par l'ingénieur Frédéric Le Play dans ses monographies familiales sur les ouvriers en Europe, et caractérisé par la prépondérance accordée socialement à l'entité résidentielle et économique, appelée souvent maison, au détriment des individus qui la composent. La perpétuation temporelle et économique de cette entité étant prioritaire, elle ne peut être divisée lors d'un héritage et implique donc une succession unique (souvent à l'aîné, mais pas nécessairement) ce qui entraîne un différentialisme dans le traitement des membres d'une fratrie.
Selon Gilles Fumey , enseignant chercheur au CNRS en géographie culturelle, le Japon est un modèle ancien de famille souche autoritaire.
Le système japonais, c’était la famille souche comparable à celle de l’Allemagne.

Emmanuel Todd, démographe et historien français, se sert de ce concept pour affirmer que le Japon n’est pas plus différent de la France que l’Allemagne ou la Suède. Ce sont des pays de familles souches. Au Japon, le développement éducatif est encore plus massif qu’ici. Mais les hommes restent en avance (comparativement aux sociétés d’Europe occidentale).
Todd analyse la société comme un tout dont les parties (les individus) agissent selon le déterminisme inconscient de leur système familial d'origine, ce qui constitue une rupture radicale par rapport à l'individualisme méthodologique très largement dominant dans les sciences humaines et sociales depuis la fin du xxe siècle.

Caractéristiques de la famille souche:
les relations entre parents et enfants sont de type autoritaire : marquée par le respect du père et la perpétuation des valeurs morales par la cohabitation de plusieurs générations,
la mère a une certaine autorité au sein de l'entité familiale.
Les relations successorales entre frères sont de type non égalitaire. Un seul enfant, généralement l'aîné, succède au père et fait fructifier le patrimoine (domaine agricole, entreprise, ...). Cependant, dans certaines régions, une sœur peut recevoir l'essentiel de l'héritage même en présence d'enfants mâles. Les enfants héritiers restent au foyer familial. Pour ceux qui ne le sont pas, le système reste souple. Ils peuvent rester s'ils sont célibataires ou bien s'ils sont mariés sans avoir les moyens de créer leur propre foyer. Une bonne part des enfants non héritiers quittant le foyer se mettent au service d'autres personnes ou de la communauté : église, armée, administration, enseignement, ...
la recherche d'un conjoint se situe principalement hors du groupe familial ou clanique, toutefois l'endogamie est tolérée au Japon.
le nombre d'enfants reste limité, une fois obtenue l'assurance d'un héritier désigné, de nouvelles naissances deviennent inopportunes. Il est plus important pour ce type familial de réserver le maximum de ressources pour la réussite de l'héritier : nourriture, études, mariage, ...